Dans plusieurs pays en crise, les normes internationales sur le droit à l’éducation restent inappliquées malgré leur ratification. Certains États tolèrent, voire organisent, des interruptions massives de la scolarité pour des raisons politiques ou sécuritaires, en dépit des conventions signées. Les mécanismes de protection de l’enfance, en théorie universels, connaissent de fortes disparités d’application selon les contextes d’urgence. L’absence d’accès à l’éducation n’est jamais neutre et expose à des risques documentés, souvent irréversibles. Les réponses institutionnelles varient, oscillant entre dispositifs de substitution, initiatives communautaires et interventions humanitaires ciblées.
Pourquoi l’école constitue un rempart pour les enfants, surtout quand tout vacille
L’école ne se contente pas d’enseigner à lire et à écrire. Elle tient lieu de refuge quand la vie familiale s’effrite, quand les lignes de front traversent l’enfance. Dans de nombreux contextes, la classe devient parfois le seul abri, la dernière digue face à la précarité ou à la violence ambiante. Le droit à l’éducation, inscrit dans les textes, va bien au-delà de la simple transmission de savoirs : il incarne un filet qui protège et retient, même lorsque tout s’effondre autour.
Rester à l’école, c’est ne pas perdre pied, garder des repères, et bénéficier d’un environnement où l’on se sent relativement en sécurité, tant sur le plan physique que psychologique. Dans cet espace, filles et garçons voient leur dignité respectée et leur parole entendue. L’exploitation, le recrutement forcé, la violence reculent face à la vigilance des enseignants, souvent les premiers à détecter les signes de mal-être ou de danger. Ils peuvent alors enclencher, sans délai, les dispositifs de protection de l’enfance.
Trois aspects donnent à l’école ce rôle de pivot, particulièrement quand la stabilité s’évanouit :
- L’apprentissage ne se limite pas aux matières académiques : il forge l’esprit critique, encourage l’autonomie, et nourrit la capacité à surmonter l’adversité.
- L’école agit comme un rempart préventif. Elle éloigne du risque de tomber dans les réseaux criminels, limite les unions imposées, et réduit l’attrait de la violence.
- En temps de crise, assurer la continuité scolaire devient un enjeu de sécurité pour l’enfant et, par ricochet, pour la société tout entière.
L’école n’est pas qu’un lieu de transmission du savoir. Elle relie, protège, façonne. Son effacement fissure le tissu social, brouille les repères et expose chaque enfant exclu à une spirale de marginalisation.
Les dangers concrets pour les enfants écartés de l’école lors des situations d’urgence
Quand l’éducation s’interrompt, les failles apparaissent immédiatement. Des millions d’enfants privés d’école lors des crises se retrouvent confrontés à des menaces multiples. Suspendre la scolarité, c’est ouvrir la porte à la pauvreté de génération en génération, à l’augmentation des violences, à la disparition des repères nécessaires pour grandir. L’UNESCO l’a documenté : la pandémie de Covid-19 a éloigné des salles de classe des millions d’enfants et de jeunes, aggravant des situations déjà précaires.
Parmi les conséquences observées sur le terrain, certaines frappent par leur gravité :
- Un décrochage scolaire irréversible, dont le poids se fera sentir toute la vie sur le plan professionnel et social.
- Pour les filles, la probabilité de mariages précipités grimpe, tout comme la charge des corvées domestiques, ce qui referme la porte à l’émancipation.
- L’éloignement des bancs de l’école favorise le travail des enfants, particulièrement dans les pays les plus fragiles.
Sans encadrement scolaire, les enfants deviennent plus vulnérables face à la violence, à la déscolarisation massive et à l’oubli. Leur équilibre psychologique vacille : anxiété, perte d’estime de soi, isolement. D’après l’UNICEF, des dizaines de millions d’enfants dans le monde restent hors du circuit éducatif, un écart qui se creuse à chaque nouveau conflit, catastrophe naturelle ou crise sanitaire.
Se retrouver exclu du système scolaire laisse des séquelles durables. Isolement, compétences affaiblies, exposition accrue aux réseaux dangereux : la déscolarisation installe une série de handicaps qui se renforcent mutuellement. Pour ces enfants privés d’école, le quotidien prend souvent la forme d’une succession d’obstacles, dont certains pèseront sur leur avenir bien après la crise.
Agir ensemble : des initiatives qui prouvent que l’accès à l’école peut être sauvé
Face à ces réalités, la mobilisation pour défendre l’action éducation s’intensifie. Sur le terrain, des ONG telles que World Vision et sa branche française interviennent là où le décrochage menace chaque année des millions d’enfants. Leur approche conjugue financement international, plaidoyer déterminé et expérimentation de pédagogies adaptées.
Garantir la sécurité de l’éducation, c’est chercher des solutions sur mesure, parfois inattendues. Des écoles improvisées dans les camps de réfugiés, des classes mobiles qui sillonnent les routes, ou l’enseignement par radio pour toucher les villages coupés du monde : autant d’exemples qui montrent que la créativité peut contourner bien des blocages. L’objectif demeure clair : permettre la scolarisation des enfants, quoi qu’il arrive.
Quelques initiatives concrètes illustrent ces efforts collectifs pour maintenir ou rétablir l’accès à la scolarité :
- La Global Coalition mutualise les ressources et coordonne acteurs institutionnels et associatifs pour un suivi plus efficace auprès des élèves concernés.
- L’appui direct aux familles, avec des aides financières liées à la présence des enfants à l’école, limite le travail des mineurs et replace leur avenir au centre des priorités.
L’engagement actif des communautés change la donne, lui aussi. Sensibiliser, former, soutenir les parents et les jeunes, c’est ouvrir la porte à des solutions ancrées dans la réalité locale. Les avancées sont fragiles, prêtes à vaciller au moindre soubresaut. Mais cette volonté commune, patiente et tenace, permet chaque jour de maintenir vivante la promesse de l’école pour tous.
Quand la scolarité vacille, chaque action collective dessine la possibilité d’un horizon moins sombre. Ouvrir la porte de l’école à tous les enfants, c’est leur donner la chance de bâtir leur propre trajectoire, même quand l’avenir semble incertain.


